|
|
A Gand,
Liège, Anvers et Hélécine : une même méthodologie ! |
Reprenant le
concept utilisé en 2006, les forums 2007 se sont déroulés suivant un même
canevas.
Les
participants étaient réunis par tables de 8 à 10. En début de journée, chaque
table s’est choisie un « rapporteur » chargé de relever les avis, suscités par
chaque sujet.
En fin de
matinée et en fin d’après-midi, le journaliste synthétiseur a collecté ces
informations auprès des rapporteurs.
A deux
reprises également, le synthétiseur a, au nom des participants, interpellé les
experts (médecins généralistes, psychologues, psychiatres, sociologues,…) dans
un débat pour le moins animé. La maîtrise des journalistes a permis de maintenir
ces discussions hors de tout contexte personnel, dans un climat convivial et
motivant pour chacun.
4 questions
Pour permettre au 2ème Forum de la Dépression de tirer des
conclusions et commentaires, le Comité Scientifique de la Ligue de la Dépression
a fixé son choix sur 4 questions fondamentales :
- Quelles sont les souffrances psychologiques vécues au travail ?
- Comment parler de sa souffrance ?
- Comment s’en sortir ?
- Faut-il arrêter le travail ? Faut-il le reprendre ?
Les débats
articulés autour de ces pôles d’intérêt ont partout ouvert de nombreuses voies
dont les idées maîtresses sont reprises ci-après.
Un panel
élargi d’experts
|
A
Hélécine : |
Professeur Philippe
Corten, psychiatre ULB
Monsieur Leon From,
psychologue, ULB
Docteur Patrick
Mesters, consultant en entreprise, spécialiste du burn
out
Monsieur Thomas
Perilleux, sociologue, UCL
Docteur Michel Van
Hallewijn, médecin généraliste
|
|
A
Liège : |
Prof. Patrick Papart,
psychiatre - ULg
Prof. Dominique
Pardoen, psychiatre ULB
Dr J-F Brouwers,
médecin du travail ULg
Prof. André Migeotte,
médecin généraliste ULg
Prof.Frédéric
Schoenaers, sociologue, ULg
Dr J-M. Vaiser,
médecin-conseil
|
|
A Liège
(Hôtel Radeski) avec Jacques Bredael, modérateur
|

Avant
tout, j’ai imaginé qu’un sujet aussi profond et délicat que la dépression et le
travail aurait été difficile à lancer, à entrer au cœur des débats et à appeler
des témoignages. J’avoue que, tout au contraire, cette journée fut riche en
rencontres et en échanges !
Jacques Bredael et les
synthétiseurs du Forum de Liège
Question 1 :
Quelles sont les souffrances psychologiques vécues au travail ?
Les
participants relèvent quelques facteurs importants dus au type de travail et/ou
à l’employeur :
* le
stress, parfois jusqu’au burn out, conséquence de la pression mise sur les
employés, des horaires, d’une mauvaise organisation, du harcèlement par des
« petits chefs » incompétents et tyranniques, de la pratique et du mode
d’évaluation ;
* pas
d’espace de parole, le manque de reconnaissance en tant qu’être humain en
général et de la souffrance en particulier. « Il faut être performant ! »,
« Vous devriez être content d’avoir un travail ! » ...
* il y a
aussi les souffrances dues à l’incompréhension ou aux mauvaises réactions des
collègues : disparition progressive de la solidarité face à l’employeur, règne
de l’individualisme, du « chacun pour soi », culpabilisation, stigmatisation,
humiliation, mise à l’écart des plus faibles, des plus fragiles qui ont déjà des
difficultés à s’affirmer -de plus, surtout dans les milieux féminins, la
jalousie, la suspicion d’abuser de la situation, d’obliger les autres à
travailler plus pour compenser la lenteur et la relative inefficacité du
dépressif ...
Les experts
appuient ce constat de la progressive déshumanisation du travail ; ils mettent
en cause entre autres l’informatisation, mal vécue ou hors de portée de beaucoup
d’employés ...
Ils
identifient les entreprises ou les secteurs d’activité dits « dépressogènes » :
le monde carcéral, la grande distribution, le monde de l’enseignement.
Il y a aussi
des facteurs dépressogènes : les ordres contradictoires, les changements
d’injonction, les modifications trop fréquentes dans l’organisation du travail,…
Quelques
chiffres ont été cités : la prévalence de la dépression sur une durée d’une vie
est de 20% en Belgique ; dans la région liégeoise, cette prévalence atteint
29% !
La
prévalence ponctuelle dans la patientèle d’un médecin généraliste est de 6,3%.
Question 2 :
Quand, à qui parler de sa souffrance ? Comment écouter une personne en
souffrance ?
Pour les
participants : la réponse se traduit d’emblée par un regret : « souvent on en
parle trop tard ! » , « Quand le vase déborde ... », «Dès qu’on se rend compte
que ça ne va pas ... mais comment se rendre compte que ça ne va vraiment pas ? »
En fait,
c’est très difficile, d’autant plus qu’on a tendance à banaliser la souffrance,
à refuser d’employer le mot « dépression » qui fait peur.
Les avis
sont partagés ; pour certains, c’est à l’entourage (conjoint, famille, amis)
qu’il faut s’adresser d’abord pour dire sa souffrance. Il serait plus facile de
parler à un proche ... Mais il y a la crainte de « contaminer » l’entourage, ou
au contraire de ne pas être compris. Plus difficile encore de parler
« dépression » avec ses collègues (voir plus haut) ...
Pour les
autres, on cite le médecin traitant, les psychothérapeutes, la psychologue au
travail, ... le psychiatre. Mais quand on est chez le psychiatre, c’est qu’on a
déjà reconnu être malade, dépressif, et ce n’est pas évident !
De celui qui
écoute, on attend surtout et avant tout qu’il accepte la plainte, qu’il ne juge
pas (pas de «à ta place, je ferais ceci ou cela» ni de «secoue toi mon
vieux ! »). Cette neutralité se trouvera sans doute plus facilement chez des
personnes spécialement formées !
Les experts
sont d’accord sur ces avis. Le généraliste insiste : c’est lui souvent qui pose
le premier diagnostic sérieux et qui «détecte» la vraie dépression, une maladie
grave, dont on peut mourir, dit il. Il ne faut pas jouer avec le feu, se
méprendre, rester dans le déni.
C’est par le
généraliste qu’on sera aiguillé vers le psychiatre ou le psychothérapeute,
lequel renverra ensuite au médecin conseil, etc...
Pour le
sociologue, il y a 4 réactions possibles devant une souffrance psychologique au
travail: « exit » (la fuite), « voice » (crier sa souffrance, communiquer), « loyalty »
(assumer, écraser par conscience professionnelle, par loyauté vis à vos de son
employeur) et « apathy » (ne rien faire, laisser aller ... se laisser couler ?)
Question 3 :
Comment s’en sortir ? Comment aider à s’en sortir ?
Pour bon
nombre de participants, il faut essayer de s’en sortir soi-même ...
Etre donc
«acteur» de sa dépression : «se donner des objectifs», «se changer les idées,
s’occuper les mains, faire du sport, voyager ... », «rejoindre des mouvements
spiritualistes ... » Pour un des participants, il existe même des cas de
«dépression positive ».
A une des
tables, il n’a pas été répondu à la question, mais celle-ci fut formulée
autrement : « Comment vivre avec ? ». Cependant les témoins admettent que l’on
ne peut pas se prendre tout seul en charge dès qu’on reconnaît être «malade», et
que les possibilités d’action des non-professionnels sont assez limitées. Et si
au début, le dépressif suscite la sympathie, à la longue il gêne, on s’en
éloigne ...
Parler,
rencontrer des personnes qui sont passées par là peut être utile aussi (si cela
existait, ce serait bien de pouvoir le faire au sein de groupes comme les AA
...). Viennent enfin les recours aux «spécialistes formés pour », les médecins,
les thérapeutes, les psy, etc ..., les thérapies et les médicaments.
Parmi les
experts, le généraliste est d’avis qu’il n’y a pas d’issue sans travail
d’introspection, qu’il faut reconnaître sa situation et demander une aide
extérieure, sans cesser d’être «acteur» et en établissant un partenariat avec
le/les médecin(s).
Au chapitre
des thérapies, le psychiatre parle du recours aux antidépresseurs qui sont
souvent utiles, même s’ils mettent plusieurs semaines avant de se montrer
efficaces. Il faut savoir que les traitements de la dépression sont des
traitements de longue haleine ! Le traitement médicamenteux doit être couplé
avec une psychothérapie.
Il existe
aussi des groupes de « self help », peu nombreux, propose et déplore la
psychiatre, des Comités au sein de certaines entreprises. Ces services
spécialisés devraient être mieux signalés !
Question 4 :
Arrêter le travail ? Reprendre le travail ?
L’avis des
participants sur le rôle des intervenants et de l’entourage, à l’intérieur et à
l’extérieur de l’entreprise ... retentit comme un cri du coeur : « si c’est pour
retourner dans l’entreprise que l’on juge responsable de la dépression,
jamais ! ». Mais arrêter le travail peut être perçu parfois comme un échec
supplémentaire. Marquer une pause peut être bien, mais pas trop longtemps. Gare
à l’isolement social ! L’idéal serait de reprendre progressivement, à temps
partiel ou avec des horaires adaptés, éventuellement dans un autre service, un
autre job, voire dans une autre entreprise…mais pas facile par les temps qui
courent !
Reprendre le
travail est parfois obligatoire pour raisons matérielles. Il faut gagner sa vie
et les thérapies coûtent cher ! De toute façon, ce n’est pas toujours possible :
on se sent trop faible, trop vulnérable, en convalescence, sous médicaments, on
n’est évidemment pas au mieux de sa forme ... Beaucoup de méfiance exprimée vis
à vis des services médicaux en entreprises, des médecins du travail, des
médecins conseil ...
Parmi les
experts, le médecin conseil réagit : c’est lui qui décide bel et bien
d’incapacités de travail pour dépression, en accord avec le psychiatre si
besoin. Malheureusement il n’y a pas de contacts organisés entre les différents
intervenants qui ont parfois des attitudes opposées quant au traitement ! Quoi
qu’il en soit, 95% des troubles mentaux à la base d’une incapacité de travail
sont des cas de dépression. Et leur nombre s’accroît chaque année !
Le temps
d’arrêt sera lié à la durée du traitement, et en effet certaines médications
impliquent une grande prudence, le risque d’accidents est bien réel !
Si et
lorsqu’il y a reprise du travail, le médecin du travail peut conseiller un
changement de poste ou un horaire adapté si possible.
Tous
s’accordent sur la nécessité d’optimaliser la communication avec les médecins et
intervenants et limiter les initiatives et actions parallèles menées séparément.
|
A
Hélécine (Domaine Provincial) avec Eddy De Wilde, modérateur
|

Ambiance studieuse à
Hélécine où Eddy De Wilde, modérateur, a entretenu au nom de tous les
participants un dialogue soutenu avec les experts.
Question 1 : Quelles sont les souffrances psychologiques vécues au travail ?
Le public en
a profité pour se demander : « C’est quoi ‘être bien’ au travail ? » De
nombreuses tentatives de définition ont été émises. Dans une première approche,
deux axes en sont sortis : les souffrances liées à l’organisation du travail, et
les souffrances liées plus à l’individu et à sa personnalité.
Notons,
parmi les causes de souffrance causées directement par l’entreprise :
*
la brutalité
verbale,
*
l’inadéquation physique à la pénibilité des travaux,
*
les horaires
décalés et les difficultés de mobilité,
*
les
disparités salariales homme-femme,
*
et la
discrimination physique.
L’automatisation et l’informatisation galopantes sont aussi perçues comme des
facteurs d’agression et de souffrance. Tout comme le conflit entre les objectifs
fixés et les moyens mis à disposition.
Pour le
sociologue, l’intensification du travail (faire plus en moins de temps) et le
rapport subjectif au travail (implication) sont des sources fréquentes de
souffrance.
Sur le plan
plus personnel
l’absence de communication horizontale (entre personnes de même niveau) et
verticale (rapports dans la hiérarchie) est vécue comme génératrice de
souffrance. Elle se traduit par une culpabilité quand il y a absence par
exemple. Et bien sûr, elle engendre des questions sur le sens de son travail. Le
manque ou l’absence de reconnaissance dévalorise le travail individuel et
entraîne une démotivation, cause possible de souffrance. Plus profondément les
participants mettent en évidence l’empreinte trop importante du temps consacré
au travail par rapport à leur temps de vie personnel. Et parfois le conflit
entre les valeurs et aspirations personnelles et les objectifs de l’entreprise.
Comme le constate le sociologue, la dépression atteint ceux qui mettent la barre
très haut, qui s’investissent, les idéalistes qui ne savent pas dire non,
acceptent de plus en plus de travail parce que ce sont les plus capables. Et
donc, « on » trouve normal de tout leur demander et eux-mêmes acceptent tout…
jusqu’au moment où ils craquent. A noter que, souvent, ils sont remplacés par
plusieurs personnes pour les mêmes travaux, les mêmes responsabilités.
De
plus, dans une pression croissante, l’entreprise gomme les frontières entre le
professionnel et le privé. Le système incite à travailler à domicile, à rester
« joignable » à tout moment. D’où la difficulté elle aussi croissante de faire
la distinction entre ce que l’on concède à l’entreprise et ce l’on peut lui
revendiquer.
Parmi les facteurs fragilisant, le consultant en entreprise note les facteurs
additionnels suivants :
1. La perte de contrôle sur le destin professionnel, la perte de la gestion
du temps et des décisions. L’usage de la peur dans la gestion des ressources
humaines. L’imprévisibilité dans le contexte professionnel.
2.
L’incertitude est liée à la dérégulation des marchée et au néo
libéralisme.
a.
Les entreprises fonctionnent en « flux tendu ». Service et produits
doivent être livrés sur le champ à temps et à heure en fonction de la demande
immédiate du marché. Ceci exige une « hyper-flexibilité » de l’employé et une
augmentation de la précarité physique, psychologique et sociale.
b.
La pression constante effrite le lien social et la solidarité. Chacun se
retrouve isolée face au stress.
3.
La perte de sens est aussi une cause de décompensation.
4.
Un style de management orienté sur le court terme, et qui fait
abstraction de la dimension humaine, pousse les collaborateurs vers la rupture,
voire au suicide (cf. Renault (Guyancourt), PSA, EDF (Chinon) en 2007).
5.
Il est important d’insister sur le fait que dans telle situation, il n’y
a, à priori, pas de coupable, mais tous les acteurs portent une part de
responsabilité : tant la victime d’épuisement que l’entreprise, ses dirigeants ;
médecine du travail, syndicats, etc.
Question 2 : Quand, à qui parler de sa souffrance ?
La question
centrale préalable semblait être « comment identifier sa souffrance et à quel
moment devient-elle traumatique » ? Les participants ont déploré le manque
d’informations sur les structures d’accueil et d’aide sur le lieu du travail. Il
semble que beaucoup refusent d’en parler sur le lieu du travail car ils
craignent la partialité d’interlocuteurs éventuels et hésitent par ailleurs à
évoquer leur souffrance en famille par crainte d’être incompris voire
culpabilisés.
Pour eux, il
ne faut pas en parler ni dans la famille ni dans l’entreprise.
L’ouverture est le médecin généraliste consulté à qui on se confie.
Si certains
experts rejoignent cet avis et y ajoutent l’intérêt des groupes de parole,
d’autres constatent pourtant que, malgré une solidarité menacée, le lien dans le
collectif du travail reste fondamental.
Il est vrai
que la question de savoir à qui parler est importante, et on ne saurait assez
souligner qu’il est bien difficile de s’adresser à ses collègues tant ils sont
également pris dans la compétition désormais organisée au sein même de
l’entreprise (une extension exagérée de la notion désormais paradigmatique de
compétitivité). Même chose avec les proches qui ne sont pas toujours prêts à
écouter car ils se sentent eux aussi menacés dans leur propre sécurité.
Le
psychologue souligne qu’il s’agit bien de comprendre avec le patient, dès le
début des démarches d’évaluation (entretien de tests, d’examen clinique, ...),
comment s’exprime déjà cette souffrance : c’est une recherche-action impliquant
la personne souffrante dans la compréhension de ce qu’il lui arrive, de ce
qu’elle vit, afin de lui permettre de relancer ses perceptions et sa capacité à
les organiser, et de les comprendre. Le dépressif doit pouvoir retrouver les
moyens d’exprimer sa souffrance autrement que par les symptômes qui l’ont amené
à consulter !
Ceux-ci sont
bien sûr mesurés, précisés mais une “autre oreille” doit également être présente
pour dépasser la seule expression symptomatique.
La recherche
du pourquoi, souvent questionnée au départ, ne peut s’aborder que dans un
travail de psychothérapie ultérieur, dans l’orientation qu’aura permis de
déterminer la phase d’évaluation. Mais il s’agit déjà de la question 3 ...
Le
médecin généraliste apparaît effectivement comme le premier référent car :
*
il
connaît la personne et peut se rendre compte d’un changement,
*
de
par sa proximité, il peut l’entendre,
*
il
a le pouvoir de laisser la personne s’exprimer et de décoder dans les plaintes
somatiques (principalement la fatigue et la douleur) ce qui pourrait ressortir
d’un autre problème.
Comment écouter une personne en souffrance ?
Tous les
participants se sont accordés sur une plate-forme commune qui pourrait comporter
les critères suivants :
*
ne pas
juger,
*
ne pas nier,
*
aider à
retrouver du sens, s’orienter et trouver des solutions ensemble, en réseau. Mais comment
arrive-t-on aussi loin ?
Cinq phases se succèdent :
*
le déni,
*
la colère,
*
la
négociation,
*
la déprime
*
et le
«lâcher prise » ; c’est dans cette dernière phase que la personne évoque le
suicide et que l’on est alors dans l’urgence.
Le rôle du
médecin généraliste consistera à laisser le temps à la personne de s’exprimer ;
il manifestera de l’empathie et surtout donnera l’assurance au patient de
l’accompagner et de ne pas l’abandonner.
Comme le
souligne le psychiatre, consultant en entreprise, sortir du blâme, de la
victimisation, et accepter les faits est primordial, tant au niveau de
l’entreprise que de celui de la personne concernée.
Faire porter
le chapeau à l’un et à l’autre est inconscient, improductif et inintelligent.
Les responsables ont tort de porter les origines du malaise sur le dos d’un
pseudo incompétence de l’employé ou sur le compte de problèmes personnels.
Par ailleurs, reporter la responsabilité de l’erreur sur les épaules de
l’entreprise est également un non sens. Il est urgent de sortir d’un discours
réductionniste. Tous les acteurs (employés, dirigeants, syndicats, médecin du
travail etc.) ont tout intérêt à réunir leurs forces et leur imagination
créatrice pour contribuer à l’élaboration urgente d’une « intelligence
collective ». En effet le problème risque de s’emballer dans l’avenir. Un
épuisement professionnel est souvent le reflet en miroir d’un dysfonctionnement
au sein de l’entreprise ou d’une menace dans le monde économique dont
l’entreprise n’a pas encore détecté les signes avant coureurs, devant lesquels
elle va devoir en tout état de cause se positionner.
De plus,
l’OMS prévoit que la dépression, stress et burn out constitueront dans quelques
années la deuxième cause de problèmes de santé dans le monde.
Au niveau de
l’individu, il est impératif d’accepter les plaintes et les prendre au sérieux
est capital.
Cette étape omise, le risque existe de voir l’organisme développer d’autres
maladies (ulcères, troubles cardiaques majeurs, chutes des défenses
immunitaires, cancer), etc.
Bien sûr il
y a lieu de se reconnecter au réseau, mais le premier réseau auquel se
reconnecter est soi même, son rythme, son corps, ses valeurs.
Le burn out est un appel du pied vers la responsabilisation des tous, individus,
entreprise et société.
Question 3 : Comment s’en sortir ?
Pour en
sortir il faut créer des liens et de l’humain.
Mais d’abord
passer par l’acceptation de la maladie et en parler afin, entre autres,
d’identifier les causes.
Bien sûr, il
faudra consulter et recourir aux thérapies multiples, et éventuellement à la
médication.
Pour le
reste, il est vital de retrouver du sens, du plaisir, faire l’amour, se livrer à
une activité physique, vivre au calme et structurer son temps.
Ces phases douloureuses peuvent parfois être des moments de choix existentiels à
travers une perte des illusions sur l’excellence de son travail. Même si ces
choix sont difficiles vu les impératifs à être responsable de sa propre vie.
Le
cas échéant, on peut recourir à la médecine du travail pour modifier si possible
les conditions de travail, sources éventuelles de la souffrance.
La
médecine du travail
est mal connue et pas toujours indépendante ; beaucoup pensent qu’elle est à la
solde de l’employeur. C’est parfois vrai. Mais beaucoup de médecins du travail
prennent leur responsabilité et sortent de la pratique routinière d’examens
annuels de la vue ou de la tension artérielle. Leur impuissance dans certains
cas est aussi liée au refus de l’écoute de l’entreprise.
Comment
aider à s’en sortir ?
Il faut
écouter et encourager à l’activité. Il faut participer à la recherche de
solutions, il faut entretenir les relations avec l’intéressé, éviter
l’enfermement et le repli sur soi. Enfin il faut forcer les entreprises à
intégrer la maladie comme notion d’échec non pas de l’individu mais du groupe
tout entier, de l’entreprise, donc l’amener à en tirer les conclusions et à en
assumer les conséquences.
A noter ici
que plusieurs participants ont demandé de décrire le fonctionnement de la
« Clinique du stress » de l’Hôpital Brugmann à Bruxelles où des
programmes thérapeutiques tels que le module « changer de vie » y a été mis en
place…
Il s’agira
de s’interrompre pour faire un nouveau choix de vie : renégocier avec le patron,
chercher ailleurs, arrêter (pré-pension,…).
Il faut
permettre au patient en dépression ou en burn out de « se reprendre », de
récupérer sa capacité à se sentir, se comprendre. Par exemple : distinguer
tristesse et dépression (la tristesse n’est pas une maladie mais mérite qu’on y
fasse attention – l’exprimer est essentiel!) ; différencier le burn out de la
dépression.
A la
clinique du stress, ce processus de réappropriation est proposé dès le premier
contact et se poursuit au long du processus de prise en charge.
Le patient
va apprendre à “lire” ses symptômes, à y mettre un nom, à relier ceci à ce qu’il
en a vécu.
Un programme
thérapeutique est décidé en commun avec le psychologue et l’équipe thérapeutique
et visera à permettre d’autres modes de réaction aux situations stressantes et,
parfois même, un choix conscient de réorientation professionnelle.
L’écoute
est la clef ; le respect et aussi parfois la fermeté. Certains souffrant
d’épuisement refusent d’emblée l’arrêt de travail. Par solidarité, par peur, par
scrupule.
Parfois il est important de les « obliger » à souffler en arrêtant plusieurs
semaines. D’où l’importance d’une relation de qualité avec le médecin traitant.
Le
coaching est aussi une méthode complémentaire à ne pas négliger, remarque
le consultant en entreprise. Elle se centre sur la problématique du travail. Le
burn out est en effet une invitation à réajuster les techniques de gestion du
métier, les aspirations, les buts et exigences inaccessibles, mues par une idée
trop idéalisée que la personne se fait de sa tâche.
S’accorder les moyens de réduire la pression et accepter de l’aide est
primordial.
Le
temps, les autres compétences, la médication, dans certains cas, retrouver du
plaisir et ses priorités (qui ne sont pas toujours financières), les valeurs, de
la cohérence intérieure,… font partie des moyens mis à notre disposition.
Ensuite oser aller les renégocier au retour avec l’employeur. C’est parfois la
Vie qui en est l’enjeu final.
Question 4 : Arrêter le travail ? Reprendre le travail ?
Les
participants ont hésité à formuler une réponse définitive à ces questions.
Chaque cas semble devoir faire l’objet d’une réponse individualisée quant à
l’arrêt ou la reprise du travail. Les interrogations portent sur les différences
entre dépression due au travail et le burn out.
Questions
aussi sur la durée de l’incapacité de travail. Il apparaît important de ne pas
rester isolé et de ne pas vivre coupé de tout stimulus. En revanche le contact
avec les collègues ne semble pas toujours souhaitable. Et il faut éviter de
culpabiliser par rapport aux collègues qui auraient éventuellement eu un
surcroît de travail dû à l’absence du malade.
Quant à la
reprise du travail, certains pourraient être tentés de le faire pour de
mauvaises raisons, comme les besoins financiers ou la peur du licenciement.
Pour
accompagner la reprise du travail, les collègues devraient mieux accepter
l’absence due à la maladie et marquer la réintégration de l’individu. Celui-ci
doit être encouragé et
accompagné psychologiquement après une remise en question personnelle et
collective de l’environnement.
On le sait,
le retour est toujours problématique dans la mesure où celui-ci va modifier
l’équilibre de l’équipe en place.
L’intervention du médecin généraliste se situant au moment de la crise, il
cédera le relais de l’évaluation au psychiatre car la peur de reprendre le
travail est bien présente. C’est ce travail interdisciplinaire qui permettra
notamment d’évaluer la durée de l’arrêt.
Dans les
cas de maltraitance, on veillera à mettre le travailleur à l’abri et bien sûr
s’il y a lieu, il faut procéder à une adaptation des conditions de travail.
Dans le cas de burn out, un simple congé suffit pour retrouver le
moral et le goût au travail. Par contre, dans la dépression, il s’agit de
prendre un long recul (minimum trois mois voire plus) et suivre un traitement.
La clinique du stress permet de faire la différence et de mettre en place des stratégies pour s’en
sortir (par exemple lorsqu’il y a des problèmes de harcèlement au travail).
CONCLUSIONS
Il
existe une nette différence entre dépression et épuisement ou burn out. Les
différences sont parfois subtiles et ne requièrent pas les mêmes traitements. Il
est donc important de faire appel à ceux qui en connaissent les subtilités et de
consulter le médecin traitant également
Dans cette situation d’épuisement, les responsabilités sont partagées tant par
les candidats au « burn out » qui font souvent partie de la crème de la crème
mais dont les critères de référence à l'excellence sont souvent placés trop
hauts, que par les pouvoirs organisateurs (entreprises, hôpitaux, écoles
administration, corps de police, etc.). Pour ne citer qu’eux. La surchauffe
intérieure qui résulte de l’épuisement peut avoir des résultats personnels
catastrophiques, laissant là des proches dans le désarroi.
L’entreprise est donc également responsable. Certaines en sont conscientes et
prennent la situation au sérieux, d’autres restent adeptes de la politique de
l’autruche, et tolèrent des styles de management qui frôlent l’abus, le
harcèlement, la violence au nom de la rentabilité du cours terme, au mépris des
réglementations en vigueur.
Le
problème émarge aussi du domaine de la santé publique. Par exemple, stress, et
dépression au travail coûtent 20 Milliards d’Euros/par an en Europe et sont
responsables de 7% des retraites anticipées en Allemagne.
Epuisement et dépression au travail sont des réalités qui appellent la prise de
conscience et à la responsabilisation de tous.
Il
serait à la limite immoral, dans certains cas, d’ignorer les faits et la dure
réalité vécue par certains subordonnés, collègues et voisins de bureau.
Or, on peut en sortir. Les moyens médicaux, les compétences dans le domaine de
la psychologie et de la gestion du travail via le coaching existent. Mais, tant
pour réussir son « burn out » personnel, que pour réussir à le prévenir et
l’affronter en entreprise, il faut nécessairement du courage. C’est ce qui fera
la différence entre la sensation de « vivre » et « d’être vécu ».
Informer est donc une étape éminemment importante pour démystifier, dédramatiser
et s’approprier les moyens de réactions adéquates dans le souci de l’intérêt de
toutes les parties incriminées.
(1) Des
informations plus détaillées sont disponibles sur
www.cliniquedustress.be
|